Qui étaient les poilus de 14-18 ? Histoire du mot et des hommes
Le jeu qui donne son nom à ce site emprunte le sien aux soldats français de la Première Guerre mondiale. Mais qui étaient les poilus, au juste ? Derrière le mot affectueux, huit millions d’hommes mobilisés, dont l’expérience dépasse tout ce qu’un plateau de jeu peut représenter. Repères.
D’où vient le mot « poilu »
Contrairement à une idée répandue, le terme ne vient pas des barbes des tranchées. Dans l’argot du XIXe siècle, un « poilu » désignait déjà un homme courageux, un dur : avoir « du poil » quelque part, c’était avoir du cran. La guerre a généralisé le surnom pour désigner les combattants de première ligne, ceux qui tenaient. Les soldats entre eux préféraient d’ailleurs se dire « les hommes » ou « les bonshommes » ; « poilu » était surtout le mot de l’arrière, des journaux et des familles.
Qui étaient-ils
Environ huit millions de Français ont été mobilisés entre 1914 et 1918, sur une population de quarante millions. Des paysans en majorité, des ouvriers, des instituteurs, des employés : la France entière en capote bleu horizon. La moyenne d’âge s’étale de 19 à 45 ans, classes de réserve comprises. Près de 1,4 million n’en sont pas revenus, et plus de quatre millions ont été blessés.
Le quotidien des tranchées, c’est d’abord l’attente : la boue, le froid, les rats, les poux, le manque de sommeil. Les assauts, terrifiants, restent des moments courts au regard des semaines de garde et de corvées. C’est exactement ce renversement que reprend le jeu : les cartes qu’on y affronte s’appellent Pluie, Neige, Nuit, bien avant l’Obus.
La solidarité, condition de survie
Les témoignages des combattants, de Barbusse à Genevoix, racontent tous la même chose : on tenait par le groupe. L’escouade, la « famille » de six ou huit hommes, partageait le vin, les colis, les nouvelles et les peurs. Les historiens parlent de « ténacité » plus que d’héroïsme : une endurance collective, faite d’entraide concrète et de petits rituels. Le pacte des amis du jeu, « revenir tous ensemble », n’est pas une invention d’auteur : c’est la promesse que des milliers d’escouades se sont faite.
Ce que le jeu en retient
Fabien Riffaud et Juan Rodriguez ont travaillé avec le soutien de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, et le jeu a reçu le Label Centenaire. Leur choix de ne représenter ni ennemi ni combat, seulement les épreuves et les coups durs, rejoint ce que l’historiographie récente dit de l’expérience combattante. C’est ce qui permet aujourd’hui à des enseignants d’utiliser le jeu en classe : il ne fait pas jouer la guerre, il fait ressentir ce qu’elle coûtait. On raconte ici pourquoi ce petit jeu est devenu culte.
Pour aller plus loin sur l’histoire des poilus, l’article de l’encyclopédie collaborative Wikipédia consacré aux poilus constitue une bonne synthèse d’entrée, avec sa bibliographie. Et côté jeux, notre sélection des jeux de société sur la Grande Guerre montre comment le plateau s’est emparé du sujet.